« Le niveau général des apprenants peut donner l’impression d’une baisse, mais le code se complexifie de plus en plus »

Les aides à la conduite sont de plus en plus présentes dans les véhicules neufs : comme la régulation de la vitesse, le freinage automatique ou l’assistance au maintien de trajectoire… Ces innovations peuvent-elles représenter un risque ? Diminuent-elles le niveau des apprentis conducteurs ? Pour en parler, nous avons rencontré Bruno Pillon, moniteur à l’auto-école du Car d’Or à Saint-Ghislain.

 

Les nouvelles technologies pourraient-elles permettre, un jour, à des personnes sans permis de circuler ?

 Nous évoluons déjà dans cette optique avec les tests de voitures autonomes. À terme, il y a de grandes chances que les véhicules prennent toutes les décisions à la place du conducteur.
Mais la question centrale reste celle de la responsabilité en cas d’accident. Sera-t-elle attribuée au conducteur, au constructeur ou au propriétaire du véhicule ? Si le conducteur reste responsable, il faudra toujours un permis pour pouvoir reprendre le contrôle manuel de la voiture en cas de problème. Tout dépendra donc du cadre légal qui sera fixé.

Est-ce que le fait que la technologie agisse à la place du conducteur pourrait être dangereux dans le futur ?

Ce ne sont pas les voitures totalement autonomes qui sont un danger, mais plutôt la période de transition. Les systèmes automatisés fonctionnent selon des réactions logiques et le strict respect du code. Or, les conducteurs humains ne sont pas toujours logiques : ils ont des comportements imprévisibles et ne respectent pas toujours les règles.
Le risque serait que les véhicules autonomes aient du mal à interpréter des comportements irrationnels. En revanche, dans un trafic composé exclusivement de véhicules autonomes, une grande partie des accidents pourrait être évitée puisque les règles seraient appliquées de manière rigoureuse et logique. Et en principe, le code de la route n’est pas fait pour avoir des accidents. Donc non, les voitures 100% autonomes ne seraient pas forcément dangereuses, à condition bien sûr que la technologie soit au point.

Certaines technologies vous inquiètent-elles particulièrement en tant que formateur ?

Oui. Depuis 2024, l’Union européenne impose des systèmes anticollision et des alertes de détection de vitesse sur les véhicules d’apprentissage. Le problème est que ces technologies ne sont pas toujours au point et les infrastructures routières comme la signalisation ne sont pas toujours prises en compte par ces dispositifs.

Par exemple, lorsqu’on circule dans une zone limitée à 70 km/h et que l’on traverse un carrefour, la limitation précédente n’est plus censée s’appliquer. Pourtant, les véhicules continuent parfois de signaler un dépassement de vitesse. Nous devons donc apprendre aux élèves à travailler en cohabitation avec ce genre de système et à garder leur esprit critique face à certains messages que leur transmet le véhicule. Cela dit, ces dispositifs présentent aussi des avantages majeurs, comme le système d’appel automatique des secours en cas d’accident. Grâce à celui-ci, les secours peuvent être interpellés même si la victime de l’accident n’est pas consciente.

Les élèves prennent-ils plus de risques grâce à ces aides ?

Je ne pense pas que ce soit une prise de risque volontaire. Mais il est vrai que les nouvelles technologies repoussent certaines limites. Les élèves savent que la technologie est là pour les guider, par exemple lors d’un stationnement.

Si nous revenions à des véhicules sans assistance, ils laisseraient sans doute davantage de marge de sécurité lors d’une manœuvre. La prise de risque existe, mais elle reste proportionnelle aux dispositifs et à la technologie disponible.

Le niveau des apprenants baisse-t-il selon vous ?

Tout d’abord, il faut remettre en perspective que le niveau de conduite demandé aux élèves augmente aussi. Le code de la route s’est complexifié. L’apparition de nouvelles règles, comme les bandes réservées aux bus, représente des compétences supplémentaires à acquérir. Un conducteur qui a obtenu son permis il y a trente ans pourrait d’ailleurs être moins à l’aise avec ces évolutions. Le niveau général peut donner l’impression d’une baisse, mais il faut aussi tenir compte de l’augmentation des exigences liées au code.

Kyllian Halbot